vendredi 5 janvier 2007

DJs

Photo : S.Anquez

C'est comme ça, pas de boite sans musique, pas de musique sans DJs. Souvenez-vous qu'on a commencé en 1997, à une époque qui ne connaissait pas encore cette mode des selectors vedettes qu'on a vu éclore depuis. Pour passer des disques, il fallait savoir utiliser une platine vynil, enchainer (au pire) ou véritablement mixer les deux disques l'un dans l'autre. Pour avoir été témoin direct des essais de Delphine, ses tentatives avortées et maintes fois réitérées, je peux vous assurer que ce n'est pas chose facile contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire.
Etre DJ voulait dire aussi qu'on possédait une bonne collection de disques, autrement dit, qu'on avait déjà les moyens de se les acheter ou, comme Ivan Smagghe, qu'on avait la chance de travailler dans un magasin qui en vendait. Certain-es durent se résigner à voler dans les magasins, voire leur copines mais nous n'entrerons pas ici dans des sujets délicats qui continuent encore à l'heure où je vous parle de diviser notre petite communauté...
Losqu'on accédait enfin au statut tant convoité de DJ, il fallait au début accepter un peu tout ce qui passait pour être sur-e de se faire la main, de se faire connaitre et d'avoir la chance d'accéder à la vraie cabine de Dj d'un club réputé (à l'époque, le Rex-club faisait office de Graal suprême). C'est ainsi qu'on pu se délecter du savoir-faire en constante évolution de Delphine au Scandalo (rue keller) et aux Ladies-room entre autres. Chloé officia un temps au Dépot (rue aux ours), Jennifer en Tunisie...
Cumuler la fonction de Dj et le rôle social de femme ne fut pas facile au début. Je me demande d'ailleurs si c'est beaucoup plus facile aujourd'hui, mais bon. Autant dire que l'acceuil des "collègues" masculins était au mieux condescendant au pire... Ca a énervé toutes les femmes DJsde ma connaissance de se voir poser 550 fois la même question par les journalistes d'alors : "qu'est-ce que ça fait d'être une femme Dj ?" comme si on avait jamais posé la question à des DJs hommes...
L'acceuil du public fut plus...marqué, dirais-je. Enthousiasme certain, succés dans les médias ajoutant à l'effet...offre de portage de sacs de disques à la sortie du set...raccompagnement dans la chambre d'hôtel...et plus si affinités...
Jusqu'à la consécration : mixer pour un grand évènement. Exemple : Delphine à la fête de la musique sur la parvis de l'hôtel de ville en robe Alaïa, aux côtés du maire du moment et pour un parterre de plusieurs milliers de danseurs hystériques.

Faire le son d'un club n'est pas chose facile. Il faut savoir écouter, trouver les bons DJs, se conformer au goût du public et en même temps lui proposer des choses nouvelles (qui risquent de ne pas lui plaire), "faire avec" les modes du moment (faire mixer Phoenix), se prendre des leçons des vieux de la vieille, se faire plaisir (Peaches un samedi)... et il est évident que si Sextoy n'avait pas été là, puis Chloé, Jennifer, Fany, Ivan Smagghe, Garnier, Le Malin...

A partir du moment où le Pulp n'a jamais eu les moyens de s'offrir un bon système sonore, où le cachet des DJs a toujours été maigre voire choquant, où le jeu de lumières a perpétuellement eu 10 ans de retard, la moindre des choses étaient d'offrir aux DJs une liberté absolue et un maximum de confort dans la mesure du possible (alcool, niveau sonore, guest-list illimités).
La vraie récompense étant la satisfaction des DJs eux-mêmes, une fois qu'ils sortent en sueur de la cabine. Parce que là tout le monde sait que ça a été un bon set, qu'il y a eu cette synergie entre tous le facteurs qui constituent une bonne soirée, voire une soirée anthologique. L'argent vient et repart mais cette sensation d'avoir dansé des heures sur un son mythologique, littéralement porté par le flux sonore, cette sensation-là est inchiffrable. C'est peut-être au fond ce qui a fait qu'on continue d'y passer un bon moment, cette liberté de ton du maitre de la cérémonie, "Hey DJ!".